Le pire est que la dernière partie de ma phrase n'est pas seulement à entendre au figuré, mais aussi au sens propre.

 

logo-w5br[1]

Comme tous les ans, le palmarès des soit disant 50 meilleurs restaurants du monde a été annoncé avec un battage médiatique impressionnant ce 29 avril 2013. And the winner is … El Celler de Can Roca !

Alors, qu'est-ce que c'est que ce palmarès, et pourquoi ce billet ?

Ce classement a été imaginé par une revue anglaise, The restaurant magazine, afin de créer du buzz et se mettre en valeur ; pourquoi pas.

- Un premier problème éthique se pose, concernant la manière dont le palmarès est fabriqué ; ce sont des journalistes, des cuisiniers, des restaurateurs, des amateurs « éclairés » (?) qui vont manger dans des restaurants dans l'année, puis votent ; aucune preuve ne leur est demandée certifiant qu'ils y ont effectivement dégusté un repas.
C'est donc la porte ouverte à tous les abus, à tous les copinages et manœuvres de lobbying possibles, les articles à ce propos ne manquent pas (une liste de références en bas de ce billet).

- Le second problème, autrement important à mon avis, concerne le type de cuisine qui est promu.

Intéressons-nous déjà au sponsor : San Pellegrino et Acqua Panna. De l'eau, pure, fraîche, bonne … en fait c'est tout simplement Nestlé, ce géant de la bouffe industrielle. En plus de la marque effective Nestlé, c'est notamment Maggi, Herta, Buitoni, Nesquick, Kit Kat, etc.
La simple lecture de tous les additifs dans ces produits peut suffire à vous rendre malades. Je ne vais pas parler ici de tous leurs méfaits sur la santé ; sachez notamment que la courbe des cancers, allergies, asthme, maladie d'Alzheimer, entre autres joyeusetés, suit la courbe de la progression de l'alimentation industrielle remplie de ces additifs.

C'est sûr, il est meilleur pour l'image du gagnant de dire « Concours sponsorisé par San Pellegrino », que par Herta, cela fait plus crédible, mais en fait c'est la même chose. 

4658[1]

Alors, quels sont les restaurateurs primés par Herta (oui, tout de suite, ça en jette moins hein !) ? Si je considère les dernières années, nous avons eu El Bulli,en 2002, 2006, 2007, 2008, 2009 , détrôné par  Noma, pendant 3 années consécutives, et cette année ce sont les frères Roca.

Le point commun entre eux ? Faire la même cuisine qu'Herta, Maggi ou Buitoni. Mais avec plus d'artifices bien sûr, afin de pouvoir le faire payer beaucoup plus cher.
Je simplifie, mais pas tant que cela. C'est la fameuse cuisine moléculaire, une « cuisine de bluff », dit Jörg Zipprik, critique gastronomique. Il y quelques années, il a écrit un livre, décrivant les dessous peu ragoûtants de cette cuisine moléculaire, faites d'additifs chimiques tous plus toxiques les uns que les autres.
Exagération, dites-vous ? La meilleure preuve est la quantité incroyable d'intoxications alimentaires des restaurants pratiquant ce type de cuisine ; entre autres El Bulli déjà, à tout seigneur tout honneur, le Fat Duck à Londres (565 cas ...) – qui, bien qu'il ait touché un chèque de 204 043 £ de ses assureurs, a fort élégamment refusé de rembourser les clients concernés, les invitant plutôt à venir revomir et ré-avoir la diarrhée chez eux- et, il y a fort peu de temps, en février 2013, le fameux Noma à Copenhague : 63 cas de personnes touchées par  diarrhées et vomissements quand même ! Bon, Nestlé a marqué le coup, Noma a été rétrogradé en deuxième place ! Ce ne sont que quelques exemples.

Pour ces restaurants, la parade est toute trouvée : la gastro d'un membre du personnel, qui contamine les clients, mais -curieusement- jamais les autres membres du personnel, alors qu'ils mangent ensemble ; je vous donne le mode d'emploi : on attend 2-3 jours avant de déclarer l'intoxication (ou 6 semaines, comme au Fat Duck …) et c'est tout bon, puisque qu'on ne peut plus rien trouver scientifiquement ! En revanche, si vous regardez les effets secondaires des additifs issus de la pétrochimie  employés dans chacun des plats, plus aucun doute : migraines, troubles gastriques, diarrhées, vomissements, etc. Tout ce dont se plaignent un bon nombre des convives.

Ferran Adria le reconnaît à demi mots, puisqu'il affirme sans honte que  « c'est hypocrite de dire que la mission de la gastronomie est de se soucier de la santé ». Sincèrement on marche sur la tête ! Ce n'est même pas une mission, cela est intrinsèque, selon moi !!!

Mais au moins, Ferran Adria assume son cynisme ; il fait du fric avec la pétrochimie et ne s'en cache pas (la restauration ne compte que pour 1/3 de son chiffre d'affaires).

Celui par qui je me suis laissée prendre un temps, c'est René Redzepi de chez Noma qui, en utilisant les mêmes additifs chimiques

pizza-fraichup-bolognaise-buitoni-600-grs-pizzas---tartes[1]

(il a d'ailleurs travaillé chez Adria), cherche à donner l'image d'un retour à la nature.
Mission réussie, grâce à certains pseudo journalistes, ceux qui se contentent de régurgiter le joli emballage qu'on leur donne à voir, sans investigation ni remise en cause. Je me souviens d'un superbe reportage l'année dernière sur Arte, une hagiographie absolue de Redzepi et de sa cuisine (à laquelle je m'étais laissée prendre), ne soulevant aucun des problèmes existants :

- les nombreux additifs bien sûr, un seul exemple, l'IFT, un médicament prescrit normalement à l'hôpital en cas de dysphagie, présent dans tous ses tartares de bœuf.

- je ne parle même pas des fourmis ou de la crevette vivantes données à ingurgiter au client, ou de  l’œuf au plat à cuire soi-même ; au moins c'est naturel, vous allez dire que je ne sais pas ce que je veux ! Mais est-ce de la cuisine ?

- le patron de Redzepi, Claus Meyer, qui fournit les cantines de différentes collectivités, et a un rôle de conseiller alimentaire dans la politique danoise ; il a écrit un manifeste pour la nouvelle cuisine nordique (le « nordysk mad », Noma), programme qui a reçu 5 millions d'euro d'argent public, dont le Noma a apparemment pas mal profité. Ça serait-i-pas un peu du conflit d'intérêt ça ? Meyer a vendu son concept dans différents pays, notamment en Amérique latine, où justement Nestlé va étendre son concours ; de là à imaginer que seront primés les restaurants ayant acheté son produit … on verra en septembre !

 

Malgré tout, on peut trouver une morale à cette histoire : la malbouffe n'est plus seulement distribuée au bon peuple via les supermarchés de l'agro-industrie ; désormais, les nantis branchouilles peuvent eux   aussi s'empoisonner peu à peu (ou même rapidement, cela dépend), qui plus est en payant fort cher !

La prochaine fois, une vraie recette, sans pétrochimie, en attendant mon nouveau blog qui est toujours sur le feu ;-)

Quelques références (non exhaustives!), m'ayant fourni des informations pour écrire ce billet :

- Livres : Les additifs alimentaires danger, de Corinne Gouget /  Les dessous peu appétissants de la cuisine moléculaire, de Jörg Zipprik

- Articles faisant entendre une autre voix sur ce palmarès :

http://www.lyoncapitale.fr/Journal/Communs/Univers/A-table/Actualite/Chez-Noma-crevettes-et-fourmis-vivantes-au-menu


http://www.lexpress.fr/styles/saveurs/noma-le-restaurant-remboursera-ses-clients-victimes-d-une-gastro-intoxication-alim

http://blogs.lexpress.fr/styles/restaurant/2013/04/29/que-faut-il-penser-du-worlds-50-best-restaurants/

http://www.lexpress.fr/styles/saveurs/faut-il-se-mefier-de-ferran-adria_791120.html

 

http://obsession.nouvelobs.com/gastronomie/20130430.OBS7652/les-dessous-du-world-s-50-best-restaurants.htmlentaire_1230781.html

http://www.toutnestquelitresetratures.com/article-world-s-50-best-restaurants-le-rotaval-la-machine-magique-des-freres-roca-a-vous-dit-quelqu-117487982.html

http://ideesliquidesetsolides.blogspot.fr/2013/04/world-50-best-restaurants-le-detail-qui.html